POÈMES
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"Negro Speaks of Rivers"

I've known rivers:
I've known rivers ancient as the world and older than the
flow of human blood in human rivers
My soul has grown deep like the rivers.

I bathed in the Euphrates when dawns were young
I built my hut near the Congo and it lulled me to sleep.
I looked upon the Nile and raised the pyramids above it.
I heard the singing of the Mississippi when Abe Lincoln
went down to New Orleans, and I've seen its muddy
bosom turn all golden in the sunset

I've known rivers:
Ancient, dusky rivers.

My soul has grown deep like the rivers.

Langston Hughes

"Un franc pour symbole"

Claquement de fouets
dans les silences bleuis de nos mémoires
cliquetis de chaînes et de cris mêlés
hommes déracinés
déportés des savanes d'Afrique
esclaves contre gré rapportés
poussières de phalanges broyées
doigts solidaires d'une main d'îlots perclus

déniés fouettés
maltraités humiliés

sous-hommes entravés à fond de cale
cargaisons vives embarquées
esquifs frêles battant les vents mauvais

je me souviens de ma terre veuve
de la vigueur de vos bras
je me souviens de vous

Sonmbé Guenmbé Bozanmbo
Bamilékés... Kongos...
suaires de larmes
linceuls d'eaux salées

Écho du fouet dans le feu de vos chairs
silence mat des plaintes
maintes fois étouffées
ici on a planté ma race
dans les matins complices

Cris de désespérance
engloutis dans la gorge rêche des alizés

Zambama... Massonmbo Xanndé
Banmbaras

ici j'ai reposé ma détresse
les yeux campés sur mes jarrets coupés
je songe à vous
dans le silence de mes nuits sans sommeil

déniés fouettés
maltraités humiliés

mon corps sue encore le vesou
des jours sans fin
mon corps battu
mon corps fouetté
mon corps malmené
mon corps mutilé

J'affirme vos noms à la face du monde
et les varechs en fétus iront dire vos histoires

corps têtus comme fleur de cannes en décembre
corps rebelles des marrons d'ébène
battus fouettés
malmenés humiliés par toi...
ami
camarade
mon semblable et frère
pourquoi
pourquoi
triple fois pourquoi

ouvrez grandes vos oreilles
je demande ici
pour mon peuple déporté...
un franc symbolique de réparations

Max Rippon
"La complainte du nègre"

Ils me l'ont rendue
la vie
plus lourde et lasse

la liberté m'est une douleur affreuse
mes aujourd'hui ont chacun sur mon jadis
de gros yeux qui roulent de rancoeur de
honte

Les jours inexorablement tristes jamais n'ont
cessé d'être à la mémoire de ce que fut
ma vie tronquée
Va encore mon hébétude du temps jadis
de

coups de corde noeux de corps calcinés
de l'orteil au dos calcinés
de chair morte de tison de fer rouge de bras
brisés sous le fouet qui se déchaîne sous le fouet qui
fait
marcher la plantation s'abreuverde sang
de mon sang de sang la sucrerie
et la bouffarde du commandeur crâner au ciel

Léon Gontran DAMAS